CPIE : La bouse
Centre Permanent d'Initiatives pour l'Environnement du Tarn
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La bouse

Safari dans la bouse !



Lorsqu'on parle de biodiversité dans notre environnement, on évoque classiquement les pyramides alimentaires (ou chaînes alimentaires), mais bien souvent on les décrit de manière incomplète.
En effet présentées et expliquées verticalement, de bas en haut, elles traitent des végétaux, des herbivores, des prédateurs et des super-prédateurs. Et on imagine bien s'agiter dans de multiples interactions ces différents acteurs.
C'est oublier que tous ces animaux rejettent des excréments ! Excréments qui sont assimilés et recyclés par des invertébrés, et qui sont restitués à la terre sous forme d'engrais pour les plantes, base de toute pyramide !
Je vous propose de partir en exploration dans un type d'excrément, que nous connaissons encore bien dans notre Tarn : la bouse...

La bouse est l'excrément de mammifères ruminants, de par chez nous les vaches. Une vache adulte produit en moyenne 12 bouses par jour d'environ 3 kg chacune environ 40kg / jour), environ 10 tonnes chaque année (imaginer pour un troupeau de 50 vaches...).
De très grandes quantités qu'il convient d'enlever, de faire disparaître (sous peine de stériliser des milliers voire des millions d'hectares de terre comme en Australie par exemple, lors de l'introduction de troupeaux de bovins, alors que les « nettoyeurs » n'existaient pas !).
Nettoyer, mais par qui ? Sur notre continent, de par les multiples adaptations, la nature s'est organisée, et à dédié à cette mission la pédofaune, les éboueurs des sols !
En effet, ces bouses constituent une manne pour les espèces coprophages et représentant un authentique petit écosystème dont le stade final est l'intégration au sol des pâtures. Sous leur action, une bouse de vache est dégradée en 12 mois, alors qu'il faut attendre 36 à 48 mois sans eux.

Qu'y a -t-il donc de si bon à manger dans une bouse ?
 

Les bouses de vaches sont riches en eau et en matière organique assimilable, ce qui en fait donc un milieu intéressant à exploiter essentiellement par les insectes. D'ailleurs, à titre d'information, ces derniers arrivent quelques secondes après excrétion de la bouse (3,6 secondes exactement), attirés par son odeur caractéristique. Il faut aller vite, il faut attaquer la bouse quand elle est fraîche, avant qu'elle ne sèche ! De par chez nous une bouse exposée au soleil perd son pouvoir attractif en 36 heures.
En effet, les bouses sont constituées de 80 à 90 % d’eau. Le reste c'est de la matière sèche, constituée d'éléments non digérés, c'est-à-dire ayant échappé à la dégradation opérée par les microbes du rumen, à la digestion dans la caillette et à la fermentation microbienne dans le gros intestin. De plus, on retrouve dans les bouses des éléments endogènes, comme les sucs digestifs, les débris cellulaires ou les micro-organismes du rumen.
Les bouses sont constituées de trois niveaux : la croûte à l'extérieur, une zone intermédiaire et la zone profonde riche en eau.


Les invités au festin
 

Les premiers arrivés sont les mouches
, dont notamment la Scatophage du fumier (« Mouche à merde », contrairement à leur appellation elles sont plutôt joliment teintées d'une couleur jaune miel). C'est sur la bouse qu'a lieu la parade sexuelle de ces mouches, avant que les femelles y pondent leurs œufs qui se développeront au centre de la bouse qui reste humide alors qu'il se forme une croûte sèche sur la partie extérieure. Les asticots de scatophage sont carnivores et se nourrissent également des autres larves présentes sur place, en effet, ce sont près d'une trentaine de diptères qui sont présents avec la scatophage dans l'écosystème formé par les bouses de vache, parmi lesquels on peut citer la mésembrine du midi (de couleur noire, qui aime bien se chauffer au soleil, d’où son nom) ou les sepsidés (petits, de la taille d'une fourmis, mais avec un corps de guêpe).
Après les mouches, ce sont les coléoptères qui arrivent sur place. En France, il y a par exemple 130 espèces de bousiers dont Sphaeridium scarabaeoides (qui n'a pas de nom vernaculaire, désolé!) de la taille d'une coccinelle, qui creuse les trous bien visibles dans les bouses sèches. Eh non, tous les bousiers ne roulent pas une boule ! Certains pondent donc directement, d'autres font un terrier. Chez nous, le célèbre Géotrupe enfonce les excrément dans un terrier. D'autres creusent des galeries par en dessous de la bouse, ayant ainsi un accès privilégie à la bouse. Dans tous les cas c' est dans le fumier qu'auront lieu les pontes. Le célèbre scarabée sacré, qui roule sa boule de bouse séchée qui servira de protection et de réserve de nourriture pour sa progéniture, est malheureusement en très fort déclin.
La bouse attire également des papillons, des abeilles et même des escargots !
Chez les papillons le petit et le grand mars changeant, les petits et grands sylvains. L'abeille
domestique se ravitaille communément dans les flaques d'urine et souvent sur les excréments frais de vertébrés. Parmi les invertébrés, un escargot Méditerranéen, le Zonite d'Algérie mange des détritus organiques et se délecte de déjections animales, d’où son surnom de « mange-merde ».
Des acariens, voyageant accrochés aux scarabées coprophages, arrivent et vont parasiter les diptères. Le staphylin essaie d'attraper tous ces insectes s'agitant sur la bouse par surprise .
Cette vaste diversité biologique intéresse aussi certains prédateurs comme des oiseaux (vanneaux huppés, choucards à bec jaune), des blaireaux, des marmottes ou encore des taupes qui viennent occasionnellement se nourrir sur place !

Les news de la bouse (autres rôles de la bouse) !
 

• La bouse de vache est un engrais naturel très performant, utilisé dans tous les pays où sont élevés les bovins. Souvent, c'est le fumier, mélange de bouse et de paille (ou bois déchiqueté, rameaux de buis, etc...) issue des étables qui est épandu dans les champs et les prés pour fertiliser les sols.
• La bouse de vache sert également pour la réalisation de la «bouse de corne» ou «préparation 500» utilisée en agriculture biodynamique.
• II peut entrer dans la constitution du pralin dans lequel on trempe les racines d'arbres et d'arbustes avant de les planter.
• Une fois séchée, la bouse, aussi nommée «bois de vache», peut être utilisée comme combustible.
• Les avancées technologiques ont ouvert une nouvelle voie dans la production d'énergie avec la mise au point du procédé de méthanisation. En faisant fermenter les bouses de vache, il y a libération de méthane qui peut être récupéré pour produire de l'électricité.
• Dans certaines parties du monde, la bouse de vache sert comme ingrédient dans la fabrication de torchis ou de briques de terre crue.Sur les hauts plateaux tibétains le bouse de Yak est utilisée dans la construction (forme de pisé), autant pour le bâti que comme isolant.
• La bouse a été utilisée dès l'âge du bronze pour la fabrication des moules en terre. En effet, elle contient de la paille qui brûle lors de la coulée du métal et qui laisse des canaux permettant l'évacuation des gaz. Cette technique s'est transmise aux fondeurs de cloche et est encore parfois utilisée pour la fonderie traditionnelle de fonte.
• La médecine ancienne recommandait l'application de bouse pour soulager des brûlures, plaies et piqûres. Cette pratique est liée aux propriétés antiseptiques que l'on prête à la bouse, qui justifient également l'usage d'en tapisser les murs et le sol, répandu en Inde. Par ailleurs, une équipe de recherche japonaise a récemment mis au point un protocole de synthèse de la Vanilline à partir de bouse de vache chauffée puis pressurisée. Cette méthode permet une production de vanilline à moindre coût, et si son utilisation pourrait être refusée pour la fabrication de produits alimentaires, elle pourrait être utilisée pour parfumer des bougies aromatiques et des shampoings.





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